Cette catastrophe et ses conséquences m’ont profondément marquée, d’autant plus qu’au moment des faits, je me trouvais à Kiev, à 90 km de Tchernobyl. Je suis ukrainienne d’origine, je suis née à Pomitchna, au centre de l’Ukraine. Puis je suis allée faire mes études à Kiev. Je me suis mariée, puis j’ai commencé à travailler à Kiev, j’ai eu ma première fille. Lors des évènements de Tchernobyl ma fille avait deux ans.

Mon mari a été prévenu le lendemain de la catastrophe, d’un danger dont on ne connaissait ni les tenants ni les aboutissants, par un ami qui travaillait à l’institut de recherches nucléaires. Cet ami s’est alarmé après avoir été témoin, au sein de son institut, du dérèglement de tous les instruments de mesure de radioactivité. Ces instruments s’étaient emballés lorsque les pompiers engagés dans la lutte contre le feu à Tchernobyl ont été acheminés à l’institut pour y être décontaminés. Cet ami n’était pas encore au courant de la gravité de  l’explosion de Tchernobyl, mais il avait senti que quelque chose se passait.

Ma famille a eu beaucoup de chance d’avoir été prévenue. Ainsi, mon mari est parti dans la foulée après ce coup de fil acheter des billets de train afin que nous partions à 300 km de là, chez mes parents à la campagne. J’étais enceinte à ce moment-là de ma seconde fille qui est née deux mois plus tard. Mon mari avait acheté du lait concentré afin de m’éviter de manger des produits frais. Nous sommes alors partis prendre le train avant que ce soit la panique générale. En effet, lorsque la catastrophe a été rendue publique, c’était la panique générale, les trains ont été pris d’assaut, les gens sautaient dans les trains, y grimpaient par les fenêtres, tout le monde voulait quitter la capitale.

Il y a eu, chez de nombreuses personnes, ainsi que chez moi, tout de suite après la catastrophe, une volonté de tout oublier, de faire comme si rien ne s’était passé. Aujourd’hui, au contraire, j’ai envie de revenir sur ces évènements, car ils m’ont troublé, ils m’ont donné la nausée, ils ont été un tabou pendant de nombreuses années et j’ai voulu briser ce tabou par le biais de mon travail artistique. C’est ainsi que je tiens à contribuer, l’année des trente ans de Tchernobyl, au travail de mémoire.

En hommage à tous les hommes qui ont donné leur vie et leur santé
pour sauver le monde.

   En hommage à tous ceux qui souffrent et qui ont souffert
des conséquences des radiations.

Les barres de graphite en fusion

Acrylique sur papier. 30x40cm.

Le cimetière des véhicules

Monotype. 50x70cm.


Ici, on peut voir une vue aérienne du « cimetière » de véhicules. Tous les véhicules utilisés pour les interventions au moment de la catastrophe ont été très fortement contaminés et ont été placés dans ce genre de « cimetières ». Ces cimetières sont aujourd’hui pratiquement vides puisque ces véhicules ont été volés, dépecés ou recyclés en cachette. De plus, la nature ayant repris ses droits, ces « cimetières » sont difficilement repérables. La végétation a tout recouvert. 

Les enfants

Dessin. Crayon. 20x30cm.

L'évacuation

Panneau de contreplaqué. Acrylique. 120x160cm.


Après l’explosion, la zone qui s’étendait à 30 km autour de la station nucléaire fut entièrement évacuée de ses habitants. Cette zone de 30 km était délimitée par les autorités plus d’une semaine après l’explosion et de façon totalement arbitraire, en effet, nous savons aujourd’hui que le nuage radioactif qui s’est échappé de la centrale a fait le tour de notre planète trois fois.


Les habitants de toute cette zone des 30 km autour de Tchernobyl pensaient revenir dans leurs demeures peu de temps après et ne mesuraient pas l’ampleur de la catastrophe. Les autorités ont caché à la population la vérité sur ce qui s’était passé. Ainsi, ici, une mamie prête à partir est représentée, elle porte dans ses mains les choses qui lui sont essentielles : une icône, son chat et son baluchon.

L'explosion

Monotype. 60x80cm.


Le champignon nucléaire survenu durant l’explosion est représenté ici, avec, en son centre un corbeau. Le corbeau est symboliquement annonciateur de la mort.

La forêt contaminée (2)

Monotype. 60x80cm.


Ici, la forêt contaminée est mise en scène comme dans un miroir, afin de révéler la vérité à ceux qui se voilent la face sur les conséquences absolument désastreuses de la catastrophe.

La forêt contaminée

Monotype. 50x70cm.


De la même façon, ici, le corbeau annonciateur de la mort quitte la forêt contaminée autour de la centrale. Le symbole de haute radioactivité renforce l’image de la forêt contaminée.

La Madone de Tchernobyl

Aquatinte. 32x59cm.


Cette aquatinte représente notre avenir et celui de nos enfants comme étant incertain, menacé. La Madone de Tchernobyl avance, en laissant la catastrophe derrière elle, elle incarne l’espoir. Ici, le style iconographique est revisité, c’est une représentation d’une mère et de son enfant ayant subi la catastrophe, avec à la place de l’auréole « divine », le champignon nucléaire au-dessus de sa tête.

La Mariée de Tchernobyl (2)

Acrylique sur toile. 100x100cm.


Le réacteur a explosé le week-end, et certains mariages étaient programmés ce jour-là. Des témoignages racontent que les jeunes mariés regardaient les lueurs radioactives comme s’ils assistaient à un spectacle. Ils semblaient émerveillés. Lors des mariages, les mariés et leurs invités assistaient à ce spectacle comme s’ils admiraient des feux d’artifices qui clôturent la journée de fête. En effet, personne n’était informé du caractère dangereux et mortel des fumées radioactives. Sur cette toile est représentée une femme qui s’est mariée ce jour-là, sans savoir, au moment où elle regardait ce « spectacle », qu’elle serait veuve une semaine plus tard. En effet, de nombreux pères de familles, qui sont intervenus à la centrale pour empêcher l’explosion nucléaire, sont décédés des effets radioactifs de la catastrophe.


Cette représentation traduit le drame, l’ironie de regarder un « spectacle » tragique.

La Mariée de Tchernobyl (3)

Acrylique sur toile. 80x80cm.


Cette femme regarde au loin l’explosion qui augure les malheurs qui se produiront quelques années plus tard : ces malheurs que l’on peut apercevoir comme des ombres dans le ciel. On peut voir un nouveau-né mal formé, ou encore un animal à deux têtes suite aux retombées radioactives.

La Mariée de Tchernobyl (4)

Monotype. 40x50cm.


Ici, la mariée de Tchernobyl a perdu ses cheveux, suite aux retombées radioactives de la catastrophe. Son mari quant à lui a perdu la vie, il faisait partie des premières victimes de Tchernobyl, il était liquidateur. Les premières victimes étaient les travailleurs de la station, les pompiers, les « liquidateurs »,  qui se trouvaient pour la plupart au niveau du réacteur, remplissant leur rôle de soldat du feu ou d’employés de la centrale, ils ont succombé aux conséquences des radiations une dizaine de jours après les évènements tragiques.

La Mariée de Tchernobyl (5)

Acrylique sur toile. 80x80cm.

Le chat de Tchernobyl (1)

Monotype. 40x50cm.


Ici, un chat, ayant subi des mutations génétiques, est représenté sur un fond d’une grande roue, qui est le symbole de la ville de Prypiat. Cette ville, appelée également « ville fantôme » après la catastrophe nucléaire, abritait la plupart des personnes qui entretenaient la centrale nucléaire de Tchernobyl  avant son explosion. Suite à l’évacuation, cette ville s’est retrouvée déserte du jour au lendemain. La ville de Prypiat est toujours inhabitée à ce jour.

Le chat de Tchernobyl

Monotype. 40x50cm.


Ce monotype nous permet de nous projeter dans les évènements qui surviennent quelques temps après la catastrophe. Les effets de la radiation ont provoqué des mutations génétiques chez les êtres humains, mais aussi les animaux et même les plantes.

Le massacre des innocents

Diptyque. Panneaux de contreplaqué. Acrylique. 120x160cm.


Cet homme, avec son petit-fils, a emmené durant toute la nuit le bétail provenant du kolkhoze afin de tenter de sauver le troupeau de la zone contaminée par les radiations. En arrivant, il avait compris que tout ce travail était inutile. Les autorités avaient commandé la liquidation du troupeau. Les bêtes furent abattues et jetées dans le ravin.

Massacre des innocents

 Monotype. 50x70cm.

Un mauvais rêve

Monotype. 40x50cm.


Les liquidateurs, au début des interventions, avaient peur de se rapprocher des radiations, mais au fur et à mesure du temps, être face au danger est devenu banal, à tel point que certains allaient faire leur travail sans masques ni protections. Cette banalisation commence avec ce « cauchemar », et finit part la mort des intervenants.

Les plongeurs

Panneau de contreplaqué. Acrylique. 80x120cm.


Deux « liquidateurs » ouvrent la vanne du réservoir d’eau contaminée. Les « liquidateurs » tiennent leur nom de leur fonction : qui était de liquider, faire disparaitre la catastrophe et ses conséquences.

Les Plongeurs de Tchernobyl

Monotype. 50x70cm.


Cette gravure montre des enfants qui regardent étonnés les trois hommes qui vont au fond de la piscine pour en ouvrir les vannes afin d’empêcher l’explosion. On voit alors à la fois une scène se produisant sur le moment, celle des deux plongeurs, et à la fois une scène qui se produira plus tard, celle des enfants déformés. Les deux scènes se passent dans la réalité à des moments spatiotemporels différents, mais ils sont placés côte à côte dans ce monotype.

Sur le toit du réacteur

Aquatinte. 50x70cm.


De la même façon que dans le monotype « Les plongeurs », ici également, deux moments spatiotemporels sont regroupés. Des soldats ont été envoyés pour nettoyer le toit du réacteur des morceaux de graphite qui avaient été projetés sur ce toit lors de l’explosion.  Parallèlement à ces soldats, on peut voir les enfants déformés, qui sont nés bien après la catastrophe nucléaire. Les deux groupes de protagonistes se retrouvent ensemble dans la fumée et la poussière mortelle.

Sur le toit du réacteur, l’extinction du graphite

Monotype. 50x70cm

Construction du tunnel

Monotype. 40x50cm.

Le tunnel de Tchernobyl

Diptyque. Panneau de contreplaqué. Acrylique.  120x160cm.


Des milliers de mineurs ont été envoyé pour creuser un tunnel sous le réacteur. Ils devaient y installer un serpentin de refroidissement pour refroidir la dalle de béton sur laquelle reposait le réacteur. En effet, si jamais la dalle s’était fissurée, une réaction en chaine aurait provoqué une explosion atomique. Les mineurs ont travaillé dans des conditions très difficiles, s’exposant aux radiations et aux températures très élevées. 

 
 
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